7
La fuite

Grâce à ses pouvoirs sur l’air, Amos créa une petite tornade qui plaqua les amazones contre le mur. Elles heurtèrent la paroi et y demeurèrent collées comme des mouches dans du miel. Puis, à l’aide de la pression du vent, le porteur de masques fit s’ouvrir un mur de pierre pour lui permettre de s’échapper. Une partie de la pièce vola en éclats et le garçon s’élança en bas de la tour. Dans sa chute, il hurla le nom de son dragon.

Dès qu’il l’entendit, Maelström, toujours enchaîné à l’un des grands balcons d’atterrissage, réagit promptement en saisissant la chaîne avec ses dents. D’un seul coup de sa puissante mâchoire, il fit sauter plusieurs maillons à la fois et bondit à son tour dans le vide. L’amazone chargée de le surveiller essaya bien de le retenir, mais la queue du dragon la projeta contre la herse de l’entrée. La pauvre s’y cassa plusieurs côtes et une jambe avant de tomber dans les pommes.

— Comme Amos allait percuter la mer, Maelström, rapide comme l’éclair, vint se placer juste en dessous de lui, et le garçon tomba à califourchon sur la selle de son brave ami.

— Enfin un peu d’action, grand frère ! lança le dragon, tellement fier de sa manœuvre.

— Je trouve quand même ton temps de réaction un peu lent, petit frère ! blagua Amos, ravi de le retrouver. J’espère que tu seras plus rapide la prochaine fois !

— C’est promis ! répondit Maelström en riant à son tour. Sérieusement maintenant, dois-je penser que ta rencontre avec ces femmes ne s’est pas déroulée exactement comme tu l’espérais ? !

— Tu as vu juste, mon frère. La rencontre a un peu dégénéré, si tu vois ce que je veux dire. Ce sont des amazones, elles doivent être une centaine, et elles ne nous seront pas d’un grand secours. Mais… j’ai quand même réussi à obtenir quelques informations.

— Alors, que proposes-tu maintenant ? Je suis ouvert à toutes tes suggestions, mais, si tu veux mon avis, nous pourrions peut-être leur montrer à qui elles ont affaire !

— Je les ai menacées de détruire leur tour, mais je n’en ferai rien. Par contre, poursuivit Amos, je suis d’accord avec toi pour leur signifier que nous savons nous défendre ! Nous allons leur donner de quoi alimenter leurs conversations pour les cent prochaines années. Tu es prêt ? Alors, faisons demi-tour, petit frère, et, à mon signal, tu fais jaillir ton jet de flammes !

— Allons-y ! J’adore l’odeur du cheval rôti ! s’exclama joyeusement le dragon en exécutant son virage.

— Maelström, petit frère, ressaisis-toi. Il ne faut pas qu’il y ait de victimes innocentes. On ne se bat pas uniquement par plaisir, lui dit le porteur de masques pour le ramener à l’ordre. Vaincre sans blesser, voilà ce que nous devons faire.

— Dommage ! grogna Maelström. Tu suis trop les conseils de Sartigan, toi ! Et cela enlève beaucoup au plaisir de se battre.

— Attends un peu… Je crois que j’ai une idée qui, malgré tout, t’amusera beaucoup, vilain dragon !…

La bête de feu arriva face à l’armée des amazones qui avait repris son vol dans leur direction. Bien décidées à en finir rapidement avec le jeune impertinent, les guerrières décochèrent une volée de flèches et de lances. C’est le moment qu’Amos choisit pour demander à son dragon de cracher son feu. Avec ses pouvoirs sur l’air, il amplifia la flamme projetée par Maelström et en augmenta considérablement la chaleur, réduisant ainsi en poussière tous les projectiles qui leur étaient destinés. Cet échec stimula les cavalières dont l’envie de se battre redoubla d’ardeur. Aussi, prêtes à un inévitable choc aérien, elles dégainèrent leurs épées en fonçant toujours vers eux. Mais la suite des choses se passa autrement qu’elles l’avaient prévue…

Au cours de son bref passage dans leur tour, Amos avait remarqué que les armures des amazones étaient fabriquées à peu près toutes de la même façon. Les pièces de cuir des plastrons, des jambières, des jupes et des sandales avaient été assemblées à l’aide de robustes cordons, en cuir eux aussi, qui passaient par des œillets en métal. Le porteur de masques décida d’en tirer avantage.

Avant que les cavalières, épées brandies, n’atteignent le dragon, il se concentra afin que cèdent, sans exception, tous les œillets des armures de ses adversaires. Instantanément, les cordons retenant les différentes pièces de cuir se délacèrent et, bientôt, une multitude de jambières, de plastrons et d’épaulettes volèrent dans tous les sens. En quelques secondes, les redoutables guerrières se retrouvèrent en simple maillot de corps ou même complètement nues, ne sachant comment se cacher sur leur pégase. L’effarement leur fit lâcher lances et épées qui tombèrent dans la mer. Honteuses et humiliées, mais surtout incapables de se battre sans armes ni armures, elles rompirent leur formation aérienne pour s’enfuir de tous les côtés.

— Eh bien, grand frère, s’exclama le dragon, hilare, si je m’attendais à ça !

— Je t’avais dit que tu t’amuserais sans doute, non ? lança Amos, lui aussi mort de rire. Tu as vu ? Il n’était même pas nécessaire de les blesser ou de les tuer pour s’en débarrasser ! Oh ! bien sûr, nous aurions pu les enflammer ou même les emprisonner dans un cyclone qui leur aurait été fatal, mais cela n’aurait servi à rien !… Et puis, avoue que c’était beaucoup plus drôle ainsi !

— Oui, tu as raison. Je me souviendrai longtemps de l’air hébété de ces guerrières déplumées !

— Elles s’en souviendront longtemps aussi ! fit le garçon en s’esclaffant de nouveau.

— Quel est le plan maintenant ? demanda Maelström qui ne voyait toujours pas le continent.

— Continuons vers l’ouest. Comme la tour semble être un poste de garde, la terre ne devrait plus être très loin. Je vais examiner encore une fois les cartes de navigation. Peut-être que je trouverai un point de repère.

— J’espère que nous ne croiserons pas d’autres amazones qui ralentiront notre route !

— À moins qu’elles ne consentent à nous aider ! répondit Amos en retirant ses oreilles de cristal. Finalement, ce n’était peut-être pas une bonne idée de leur laisser croire que j’étais un esprit du feu pour les impressionner. Elles se sont bien doutées que je leur cachais quelque chose et c’est probablement la raison pour laquelle elles se sont rebutées. Si c’était à recommencer, je ferais les choses autrement…

— Même un grand porteur de masques peut se tromper, grand frère ! L’important, c’est que tu aies essayé !

— C’est toi maintenant qui parles comme Sartigan, le taquina Amos. Ouvrons les yeux, petit frère, et essayons de repérer ce satané continent.

Après une heure de vol, Maelström fit remarquer à son compagnon qu’ils étaient suivis. Bien plus loin derrière eux, Amos remarqua un point noir entre les nuages. Saisissant sa lunette d’approche, il lui sembla voir les contours d’un pégase chevauché par une amazone.

— Est-elle seule ? demanda le dragon.

— Je crois que oui, répondit le garçon, l’œil collé à son instrument. J’aimerais que tu ralentisses un peu, petit frère. Donnons-lui la chance de nous rattraper…

— Ah bon ? Pourquoi ? ! s’étonna Maelström. Ce n’est pas très malin de s’échapper de leurs griffes pour ensuite les laisser nous rattraper !

— Il n’y a rien à craindre, petit frère, elle est seule…

— Je me tiens quand même prêt à la griller, si jamais elle voulait prendre sa revanche !… grogna le dragon en réduisant sa vitesse.

Maelström se laissa planer dans les courants d’air chaud, pendant que l’amazone se rapprochait d’eux. Amos finit par reconnaître la gardienne des clés de la grande tour, celle qui avait prétendu être la sœur de Tserle. Son casque ailé ne laissait aucun doute sur son identité.

Amos et Maelström laissèrent la cavalière s’approcher davantage. Elle affichait un air inquiet et sa monture semblait épuisée. Le porteur de masques enfila ses oreilles de cristal.

— Morkus Grumson, esprit du feu ! lança finalement l’amazone. Es-tu vraiment ici pour aider ma sœur ?

— Qui c’est, ça, Morkus Grumson ? demanda Maelström, interloqué, à Amos. Je crois qu’elle nous confond avec quelqu’un d’autre !

— Non, Maelström. Rappelle-toi, je leur ai raconté que j’étais un esprit du feu et je me suis présenté comme étant Morkus Grumson ! répondit Amos.

— Oh ! esprit du feu ! cria l’amazone. Si tu es vraiment venu pour aider Tserle, laisse-moi te conduire à elle !

— Est-ce que Tserle est bien une porteuse de masques ? l’interrogea le garçon.

— Oui, elle l’est !

— Alors, nous te suivons.

— Avant que je ne te conduise à elle, esprit du feu, tu dois te cacher un certain temps, car la grande armée des amazones te recherche activement. Nos dirigeantes sont persuadées que tu es un envoyé des dieux et, bientôt, mes sœurs auront parcouru tout le pays à ta recherche. Tu peux t’installer chez moi pour quelques jours… Personne ne se doutera que tu es caché au cœur même d’un village d’amazones.

— D’accord, je pense que c’est un excellent plan, approuva Amos, satisfait.

— Et un peu de repos ne nous fera certainement pas de mal, ajouta Maelström.

— Mais dis-moi, esprit du feu, par hasard, aurais-tu aussi le pouvoir de te soustraire à la vue des humains ? demanda la guerrière. Je préférerais éviter que les habitantes de mon village t’aperçoivent. Je les aime bien, mais je ne veux pas qu’elles mettent le nez dans les affaires de ma famille. Elles sont tellement curieuses !

— Lorsque nous arriverons près de ton village, répondit le porteur de masques, fais-moi signe et je dissimulerai notre arrivée.

— Bien ! lança l’amazone, rassurée. Alors, un quart de tour vers le sud et allons-y !

Quelques heures de vol plus tard, Amos aperçut, dans sa lunette d’approche, une gigantesque falaise où était érigée, à même les parois, toute une agglomération de maisons. Le village tout de bois construit ressemblait, avec ses nombreux trottoirs et ponts suspendus, aux nids de terre et de boue que se faisaient certaines hirondelles contre les murs des maisons d’Upsgran. Des pégases volaient çà et là, alors que deux très grands aigles à tête blanche, perchés sur le toit de la demeure centrale, semblaient scruter l’horizon avec attention.

Connaissant le regard perçant des aigles, Amos comprit qu’il était temps d’utiliser ses pouvoirs afin de dissimuler leur arrivé. À l’aide de son masque de l’eau, il fit envoyer par la mer une épaisse brume qui enveloppa le village tout entier ainsi qu’une très grande partie du littoral. C’est à travers ce voile protecteur que l’amazone guida Amos et son dragon vers une grande maison construite dans les hauteurs du village. Les deux montures se posèrent sur son toit, puis pénétrèrent, par une large trappe du plancher, dans une vaste écurie pour pégases. La guerrière y installa son cheval et proposa à son jeune invité d’y laisser également son étrange créature. Amos se retourna vers Maelström pour obtenir son assentiment, mais celui-ci, heureux de s’arrêter, s’était déjà lové dans un coin pour dormir. Le porteur de masques annula son sort afin que disparût le brouillard, et la guerrière l’invita à la suivre à l’intérieur de sa demeure. Ensemble, ils empruntèrent un escalier les menant à l’étage inférieur.

À l’instar des autres constructions du village, la maison était entièrement faite de bois, et l’intérieur était splendide. De grandes fenêtres à carreaux donnaient sur la mer où les vagues dansaient avec la lumière du soleil. Au centre de la pièce trônait une imposante cheminée de pierre. De gros coussins de soie, quelques hamacs suspendus aux poutres, un petit garde-manger et des dizaines de tapisseries colorées constituaient l’essentiel du mobilier et de la décoration.

— Installe-toi confortablement, esprit du feu ! dit l’amazone. Tu es ici chez toi.

— Merci pour votre hospitalité, répondit Amos, mais comme nous aurons à conjuguer nos efforts pour venir en aide à votre sœur, il vaut mieux que je sois franc.

L’amazone se raidit.

— Que veux-tu dire ? demanda-t-elle.

— En vérité, commença le garçon, je ne suis pas un esprit du feu. Je suis un porteur de masques, exactement comme votre sœur, et, tout comme elle, j’ai la mission de rétablir l’équilibre de ce monde. Sachez aussi que je viens d’un autre continent où les humains vivent d’une façon très différente de la vôtre… Mais, tout comme vous, mes ennemis sont les dieux et…

— Mais tes oreilles… Tu n’es… tu n’es pas humain ! s’étonna la guerrière.

— En réalité, continua Amos en retirant l’une d’elles, ces oreilles sont des objets magiques qui permettent de comprendre et de parler toutes les langues. Sans elles, il me serait impossible de communiquer avec vous. Essayez celle-ci, vous allez comprendre !

La femme posa l’appendice de cristal sur son oreille et Amos se mit à lui réciter des vers d’un grand poète béorite. D’un côté de sa tête, l’amazone entendait une langue inconnue, alors que, de l’autre, elle comprenait chacun des mots prononcés par le garçon.

— Ça alors ! C’est fascinant ! lança-t-elle, séduite. Tu viens vraiment d’une contrée très avancée sur le plan de la magie ! Et tout le monde se parle avec ça, chez toi ? C’est magnifique !

— Malheureusement, ces objets sont très rares. Parmi les gens que je connais, il n’y a que mon ami Béorf qui en possède de semblables.

— Si tu es humain… eh bien… euh…, balbutia l’amazone, cela veut dire que tu peux être un mâle ?

— Bien sûr, je suis un garçon !

— Mais… com… comment expliques-tu… ton ?… bredouilla encore la femme qui ne voulait surtout pas insulter Amos. Je veux dire : comment expliquer que tu sois aussi intelligent ? D’accord, tu as de grands pouvoirs, mais, tout de même, je ne comprends pas que tu réussisses à avoir une pensée complexe, une pensée qui dépasse tes besoins primaires. Les mâles ne sont-ils pas reconnus chez toi pour leurs grandes capacités physiques, mais également leur piètre intelligence ?

— Sur le continent d’où je viens, précisa Amos, ce sont les mâles qui font la guerre, mais ils dirigent aussi les royaumes.

— Je n’arrive pas à le croire ! lança l’amazone, stupéfaite. Mais comment un sexe aussi inférieur peut-il dominer les femmes ? ! C’est à n’y rien comprendre !

— Et pourtant, c’est bien ce qui se produit chez moi ! Cependant, je dois dire qu’un roi gouverne souvent avec sa femme, qu’ils se partagent une partie du pouvoir, mais…

— Attends, attends,…, l’interrompit la guerrière. Es-tu en train de me dire que, chez toi, les mâles partagent leur vie avec les femelles ? Les hommes et les femmes vivent ensemble ?

— Le plus souvent, oui, ils vivent en couple…

Une fois remise de cette révélation, l’amazone lui expliqua que, dans sa culture à elle, il y avait une très nette différence entre les mâles et les femelles. Les hommes étaient considérés comme des êtres très largement inférieurs et tous remplissaient des fonctions de serviteurs, de bergers, de fermiers ou d’ouvriers. D’ailleurs, ils n’avaient pas le droit d’utiliser les pégases et devaient donc se déplacer à pied ou en bateau. Alors que les femmes vivaient en sécurité sur les parois des falaises, les hommes étaient contraints de vivre à l’intérieur des terres où ils étaient constamment menacés par les géants, les cyclopes et les ogres, les trois races dominantes du continent.

Une fois par année, les amazones en âge d’avoir des enfants assistaient à une grande célébration où s’affrontaient en combat singulier les mâles les plus forts. C’est là que les jeunes guerrières et futures mères choisissaient leur compagnon et, dans une grande célébration, elles adoptaient officiellement leur mari. C’est ce même mari qui élevait les enfants jusqu’à ce qu’ils aient douze ans, car, dès cet âge, les filles allaient rejoindre leur mère pour devenir des amazones et les garçons demeuraient avec leur père pour continuer à servir la communauté de femmes.

— Et vous ? demanda Amos qui n’en croyait pas ses oreilles. Avez-vous des enfants ?

— En effet, j’ai la grâce d’être la mère de deux filles qui viendront me rejoindre dans quelques années. La vie avec les mâles les aura endurcies et ce seront de bonnes guerrières. Ah ! oui… j’ai aussi un fils, mais j’ai oublié son nom ! Il a eu de la chance de survivre, celui-là, car, normalement, lorsque les reines amazones jugent le nombre de mâles trop élevé, ils sont tués à la naissance. Mon petit est né trois heures après l’abolition temporaire de la loi. Son père en prend sans doute bien soin. Je lui fais confiance…

— Sur le continent de la terre, ce n’est pas ainsi que nous voyons la vie de famille, expliqua Amos. Nous croyons qu’un homme et une femme doivent vivre avec leurs enfants. Ou, si cela est impossible, qu’un autre adulte doit venir remplacer l’un ou l’autre des parents.

— C’est exactement ce que prônait ma jeune sœur Tserle avant d’être bannie de notre société. Elle disait que l’équilibre du monde commence par l’équilibre entre les mâles et les femelles. Je n’étais pas d’accord avec ce point de vue, mais je le respectais. Nos reines, elles, n’ont pas du tout apprécié ce discours et elles l’ont chassée. Tserle a été livrée aux dieux, sur la grande montagne du titan Hypérion.

— S’y trouve-t-elle toujours ?

— Sûrement… enfin…hésita la guerrière, j’espère qu’elle aura pu résister aux tourments qui lui sont infligés. Les dieux ne sont pas particulièrement cléments envers les amazones, car nous refusons de les prier et de leur rendre gloire. Nous croyons en nous-mêmes, en notre force intérieure.

— Bon, c’est bien tout ça, mais vous me faites réaliser que je n’ai plus de temps à perdre ! Je dois me rendre immédiatement auprès de votre sœur ! Indiquez-moi vite l’emplacement de la montagne. Le temps de Tserle est compté !

L’amazone réfléchit quelques secondes.

— Sois raisonnable. Toi et ta monture avez besoin de dormir, répliqua-t-elle. Ma sœur a été condamnée et envoyée à la montagne depuis de nombreuses saisons déjà ! Ce ne sont pas quelques heures de plus qui y changeront quelque chose. Si, tout comme elle, tu es bien un porteur de masques, tu sais que tu auras besoin de toutes ton énergie pour utiliser tes pouvoirs afin de la secourir. Ne prends pas le risque de tout gâcher à cause de ton empressement.

— Vous avez raison, se ravisa Amos, il est en effet plus sage d’attendre un peu.

— Installe-toi ici confortablement, dit l’amazone, je t’apporterai de quoi boire et manger. Ça me donnera aussi le temps nécessaire pour préparer un itinéraire de vol sécuritaire jusqu’au mont d’Hypérion. Mais, pour l’instant, je dois rejoindre mon unité afin de justifier mon absence. Comme j’ai droit à quelques jours de congé, j’en profiterai pour demander à ma supérieure l’autorisation de partir. Ensuite, nous irons au secours de Tserle.

C’est alors que, contre toute attente, Amos bondit sur l’amazone et la plaqua sur le sol. Il plongea la main dans son collet et en ressortit un petit pendentif de cristal qu’il lui arracha brusquement. Aussitôt, le visage de la guerrière fit place à celui de la dame plus âgée qui l’avait interrogé dans la grande tour. Afin de l’immobiliser, le porteur de masques fit appel à son masque de la terre pour transformer ses jambes et ses bras en pierre. La femme était incapable de bouger, mais elle hurla :

— LAISSE-MOI, SALE MÂLE ! SINON, TU ME LE PAIERAS !

— Dès que je suis entré ici dans cette maison, dit Amos en s’amusant de la situation, j’ai remarqué et trouvé bizarre qu’une guerrière ne possédât aucune arme chez elle. Mais je me suis dit qu’après tout cela pouvait être possible. Mais lorsque je vous ai présenté une oreille de cristal, vous avez supposé que je venais d’une contrée très avancée en matière de magie. Une guerrière aurait trouvé cet objet curieux, voire amusant, mais seule une vraie sorcière pouvait apprécier à sa juste valeur ce genre d’objet ; vous vous êtes trahie. De plus, Gœsje, la gardienne des clés, était tellement excitée, quand elle a compris que je pouvais aider sa sœur Tserle, qu’elle n’aurait certainement pas retardé notre départ comme vous l’avez fait. Chez moi, les magiciennes comme vous se nomment des « mentalistes » et plusieurs d’entre elles ont vraiment beaucoup de talent pour contrôler l’esprit de leurs victimes. Heureusement pour moi, vous n’êtes pas douée ! Alors, maintenant, parlons franchement !

— Tu es un petit misérable qui mériterait une bonne correction ! vociféra la vieille femme, toujours clouée au sol par le sort d’Amos.

— Je comprends que vous soyez déçue ! C’est normal, puisque votre plan est tombé à l’eau, répondit calmement le garçon, mais je vous conseille maintenant de coopérer avec moi, sinon, vous demeurerez ainsi, figée dans la pierre pour toujours.

L’amazone commença par se taire, puis décida à son corps défendant de collaborer.

— Très bien, petit malin ! siffla-t-elle. Tout ce que je t’ai dit sur Tserle ainsi que sur l’endroit où elle se trouve est vrai, crois-moi. Tu n’as qu’à utiliser mon pendentif pour te guider vers la montagne du titan Hypérion. Et ne te leurre pas, je me réjouis de t’aider, car je sais que tu ne reviendras jamais de ce voyage !

— Et comment fonctionne ce pendentif ? demanda le porteur de masques qui ignora l’avertissement de l’amazone.

— Tu n’as qu’à placer le cristal devant tes yeux et à exprimer ton désir de trouver Tserle. Ensuite, tu verras toi-même !

— Bien ! fit sans plus Amos en tournant les talons pour quitter les lieux.

— MAIS ATTENDS ! cria la vieille femme. Libère-moi, maintenant !

— Le sort s’estompera à mon retour. Si votre pendentif s’avère inefficace ou si je ne reviens pas, vous verrez vous-même ce qui arrivera !

— Tu es aussi fourbe que tous les mâles de ce continent ! ragea l’amazone.

— Dommage que vous ne sachiez voir que, en réalité, nous sommes tous les deux du même côté… C’est-à-dire contre les dieux et pour les humains ! En tout cas, merci de votre aide ! lança Amos avant de grimper l’escalier pour aller rejoindre Maelström.

 

La fin des dieux
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